Proscenio Sardo

Amphithéâtre du temps

al centro della scenaL'Andalousie, la région de Murcie, Valence et la Catalogne ; l'Aquitaine, le Midi, le Languedoc et la Provence avec la Principauté de Monaco ; la Ligurie, la Toscane, le Latium avec le Saint–Siège, la Campanie et la Calabre ; la Sicile avec le détroit et le canal qui ouvre la voie maritime orientale en direction de Malte et de la Mer Ionienne, de la Mer Égée, des côtes libyennes, de Medina, Gabes, Sfax, Mahdia, Monastir, Sousse, Nabeul ; puis le golfe de Tunis, Bizerte, Beja et Jendouba ; les 14 wilaya (provinces) côtières de l'Algérie et les régions marocaines d'Oujda avec l'enclave espagnole de Melilla, Taza-Al Hoceima-Taounate et Tanger ; Gibraltar ; les Baléares : la Sardaigne incarne ce scénario historique, naturel, géographique, économique, politique et militaire à travers ses cicatrices, ses blessures encore ouvertes sur le territoire, les langues, le caractère de son peuple, son histoire.

L'histoire s'est incrustée en formant plusieurs couches sur l'Île–Continent, elle est partout : dans les personnes et dans les choses ; elle est très riche ; elle est découpée comme son littoral ; elle est tourmentée comme la côte occidentale, fouettée par la mer qui prend sa force dans le Golfe du Lion – entre l'Espagne, la France et le nord de l'Afrique - poussée par le mistral qui porte jusqu'ici depuis la vallée du Rhône l'air récupéré en Europe et sur l'Atlantique.

La Sardaigne a presque toujours occupé l'avant-scène elliptique de l'histoire méditerranéenne.

D'anciennes racines, Shardana

Les dolmens, les menhirs, les domus de janas et les pièces archéologiques racontent des civilisations sapiens prénuragiques (14000 avant J.-C.-1600 avant J.-C.).

Les tombes, les puits sacrés, les villages, plus de 7000 nuraghi, les textes, les armes, les ouvrages et les œuvres artistiques parlent d'une civilisation raffinée et avancée de navigateurs, de guerriers, d'agriculteurs et de bergers qui entretenaient des rapports avec les Mycéniens, les Phéniciens et les Étrusques. Le peuple nuragique « Shardana » (les Sardiens) comptait également des pirates et des mercenaires qui se battirent contre les Égyptiens, qui les servirent et qui débarquèrent sur la côte de l'Afrique subsaharienne, cela est aujourd'hui prouvé. Probablement d'origine sémitique, ils arrivèrent sur l'île vers 1600 av. J.-C., en provenance des régions côtières (aujourd'hui la Syrie et la Palestine) d'Asie

Mineure (aujourd'hui le Moyen-Orient) ; ils parlaient une langue indo-européenne qui ressemblait au latin ; comme les Sardes tardo–préhistoriques, ils adoraient une seule divinité aux traits israélites qui s'appelait Yahwhé. Selon une théorie accréditée, la civilisation nuragique pourrait constituer la racine du mythe d'Atlantide, détruite par l'inondation provoquée par un des raz-de-marée qui envahirent la Méditerranée dans l'Antiquité ; ce n'est peut-être pas un hasard si les Grecs avaient donné le même nom aux peuples Nuragiques et aux Étrusques : Tirsenoy.


Carthage, Rome et les cités

La civilisation nuragique s'estompa progressivement sous la domination des Carthaginois d'abord et des Romains ensuite. En occupant les côtes, les puissances émergentes repoussèrent les peuples nuragiques vers l'arrière-pays où survivent des traces de leur culture.

Les Phéniciens, présents sur l'île entre 700 et 900 avant J.-C. entretinrent des rapports pacifiques et mutuels avec les Sardes ; les Carthaginois en revanche, portèrent d'emblée sur la Sardaigne un regard fortement colonisateur. Vers 535 av. J.-C., les Sardes repoussèrent la première tentative de conquête carthaginoise ; les villages Phéniciens côtiers devinrent des cités, qui subirent toutefois l'hégémonie culturelle et économique de la civilisation nord-africaine ; c'est ainsi que furent fondées Karalis (Cagliari), Solki (Sant’Antioco), Bosa ,Tharros, Bithia (Chia), Neapolis (Santa Maria di Nabui), Cornus (Cuglieri), Nora, Otocha (Santa Giusta).

Les Romains dominèrent la Sardaigne à partir de 200 avant J.-C., après en avoir partagé, pendant quelque temps, la domination et de nombreux conflits avec Carthage. Ils suffoquèrent de nombreuses révoltes, ils imposèrent l'hégémonie romaine et fondèrent des cités comme Turris Libisonis (Porto Torres) à l'entrée occidentale du détroit au Nord, et Forum Traiani (Fordongianus) sur la voie qui unissait le Nord et le Sud. Au cours de cette période, Olbia, qui avait déjà été une ville de référence sous les Phéniciens et les Carthaginois, connut une nouvelle période d'hégémonie et de vitalité. Les routes, les agglomérations et les ouvrages publics caractérisèrent la domination de Rome qui fit de la Sardaigne un de ses greniers à blé, en donnant avec le latin vulgaire son empreinte définitive à la langue sarde.

La vocation cosmopolite

Le sarde contemporain, qui est une langue romane, est caractérisé par deux variantes : le Logudorese au centre–Nord et le Campidanese au sud. Ensuite, il y a les « dialectes » : l’Arborense parlé dans la région du centre–Ouest, le Barbaricino de la région de Nuoro (le Loguodorese plus proche de l'original) et l’Ogliastrino de la région du centre–est ; le Gallurese, parlé au nord-est est une variante du dialecte de la Corse du Sud ; le Sassarese parlé dans le nord-ouest reflète l'histoire communale et marchande de la cité et un dialecte hybride entre le logudorese avec lequel elle cohabite, le Corse, le toscan et des influences catalanes, espagnoles et ligures. À Carloforte, sur l'Île de San Pietro on parle le Tabarchino, un dialecte archaïque d'origine ligure ; en Alghero on parle une variante hybride du Catalan et des idiomes dialectaux des provinces de Gérone, de Barcelone et des Baléares. En Arborée, une cité de fondation, et dans le Campidano de la région d'Oristano le dialecte vénitien, introduit avec les immigrations associées à la bonification des marécages au cours de la première moitié du XXe siècle est en train de disparaître ; à Fertilia, s'estompe progressivement un dialecte hybride vénitien frioulan porté par un flux migratoire d'origine istrienne et dalmate qui, après la Deuxième Guerre mondiale, s'ajouta à un flux venu de Ferrare avant la guerre. En Isili, dans le Sarcidano, c'est-à-dire entre Campidano et Barbagia, on assiste à la disparition d'un jargon d'origine tzigane, probablement apporté par des artisans et des vendeurs ambulants d'objets en cuivre.

Richesse

L'exploitation minière, qui commença vers l'an 6000 avant J.-C. avec l'obsidienne du Mont Arci fut complétée vers l'an 3000 avant J.-C. par l'extraction métallifère, développée par la population nuragique d'abord puis par les Phéniciens et les Carthaginois, en particulier dans l'Iglesiente ; à l'époque romaine, cette activité s'intensifia dans d'autres régions comme le Sarrabus au sud-est grâce à des mineurs appelés à l'époque « metallari », mais aussi à des forçats et à des esclaves. Le déclin de l'empire impliqua une récession de l'activité minière; des bassins d'extraction entiers furent abandonnés avant leur redécouverte de nombreux siècles plus tard.

Vandales

Au début du IVe siècle (400 après J.-C.), poussés à la fois par les Huns provenant du nord-est et par la résistance romaine en Italie du centre et du Sud, les Vandales d'Europe centrale pénétrèrent en Gaule (France) et en Espagne ; d'ici, ils occupèrent l'Afrique du Nord, ils passèrent en Sicile puis en Sardaigne, confisquant l'île aux Romains. Au cours de la deuxième moitié du Ve siècle après J.-C., des exilés africains débarquèrent sur l'île, les Vandales, dont un groupe de guerriers de Mauritanie ; ceux-ci s'implantèrent à Forum Traiani (Fordingianus) pour combattre la population de l'intérieur qui résistait aux nouveaux dominateurs qui gagnèrent le sud à la fin de l'occupation vandale, qui s'adonnait désormais au brigandage et au pillage.

Byzance

Après la domination Vandale qui avait duré 80 ans, on passa, en 534 après J.-C., à celle de Byzance. Les nouveaux maîtres entreprirent rapidement la conversion au christianisme, également à l'intérieur de l'île, avec le pacte signé entre Zabarda, un dux du Pape Grégoire Ier, et Ospitone, le chef de la Barbària (aujourd'hui appelée Barbagia) qui resta soumise tout au long de la domination byzantine. L'influence culturelle et religieuse byzantine a été intense au niveau des coutumes, des traditions, de l'art, de l'architecture et des structures politiques et il en reste de nombreuses traces aujourd'hui, à côté des héritages préexistants.

 

 

La splendeur médiévale

La subdivision politique–administrative byzantine survécut à l'affaiblissement progressif de la domination impériale, également provoqué par l'influence arabe croissante dans la Méditerranée. Vers la fin du IXe siècle après J.-C., la Sardaigne – qui fut d'abord un Duché de l’Exarchat de Carthage puis un Patriarcat qui dépendait directement de Constantinople - s'affranchit de l'empire pour passer aux Judicats qui se développèrent sur les vestiges de ses articulations.

Vers la fin du premier millénaire après J.-C., la culture politique sarde différait de celle qui se développa au cours de la même période sur les côtes européennes ; le droit romain devint sa référence ; elle resta pour cela essentiellement étrangère au féodalisme, qui ne s'y affirma qu'avec la domination catalane vers 1400 après J.-C.

Les Judicats étaient de véritables états souverains qui ne restèrent pas totalement étrangers aux formes féodales prédominantes sur le continent ; en effet, l'aristocratie latifundiste qui émergea n'avait pas le même caractère que l'aristocratie féodale. Ils présentaient de nombreux aspects plutôt modernes et de très nombreux points communs avec l'expérience Communale qui caractérisa l'Italie du centre–Nord ainsi que l'Europe occidentale au Moyen-Âge. Des expériences communales également significatives se mêlèrent en Sardaigne à celles des Judicats, en particulier à Sassari et à Villa di Chiesa (Iglesias) qui, avec Alghero, Cagliari, Oristano, Bosa et d'autres cités, restèrent pendant de nombreux siècles après la fin des Judicats à l'écart des modèles du féodalisme introduits par les Aagonais.

La Sardaigne comprenait 4 Judicats : Cagliari (Santa Igia, c'est-à-dire Santa Gilla), Arborea (Tharros, puis Oristano), Torres (Porto Torres, puis Ardara et enfin Sassari) et Gallura (Civita, c'est-à-dire Olbia et Luogosanto). Malgré une matrice byzantine et institutionnelle commune, ils différaient par les habitudes politiques, la culture et il existait également un petit Judicat, celui d'Agugliastra (Ogliastra) qui fut vite absorbé par celui de Cagliari.

Les Judicats étaient une sorte de mélange entre la monarchie héréditaire et la monarchie élective et ils fondaient leur légitimité sur l'accord des « Couronnes », une sorte de Parlement qui exerçait des fonctions de gouvernement public et de justice aux côtés du Juge. Les institutions étaient articulées, équilibrées et subsidiaires. Le patrimoine de l'État était séparé de ceux du Juge et des aristocrates. La condition des citoyens et l'esclavage, la propriété, l'utilisation des terres et le domaine de l'État, le droit civil et pénal étaient réglementés de façon très avancée pour l'époque.

Les Pisans et les Génois étaient déjà en Sardaigne quand, en 1015-1016, ils repoussèrent la tentative d'invasion de la part du Prince des Baléares Mujiahid, fidèle au Calife de Cordoue. Ce fut la dernière véritable bataille après pratiquement trois siècles de pression arabe, au cours de laquelle les Sardes résistèrent avec des hauts et des bas. On assista encore pendant longtemps à de nombreuses incursions, mais la situation géopolitique était sur le point de changer.

Le Judicat de Cagliari tomba entre les mains des Pisans vers la moitié du XIIIe siècle après J.-C. Celui de Torres fut partagé au cours de la même période entre les familles génoises des Doria et des Malaspina. Le Judicat de Gallura, qui se trouvait sous la domination de Pise depuis le début du XIIIe siècle après J.-C., cessa d'exister vers la même époque que celui de Cagliari. Les Aragonais et le Judicat d'Arborea, qui ne cessa d'exister que deux siècles plus tard, profitèrent de la situation.

Le Judicat d'Arborea s'opposa vaillamment à la tentative de domination de la part des Aragonais sur toute l'île, sur la base de l'évocation du Royaume de Sardaigne et de Corse de la part du Pape pour le céder au roi d'Aragon, contre un gage de vassalité et un paiement annuel, dans le cadre d'un traité ayant pour objectif l'équilibre entre la maison Capétienne d'Anjou–Sicile et les Aragonais en Sicile après les Vêpres.

On peut donc situer la première phase de la période des Judicats entre 900 et 1250 après J.-C. ; la seconde phase, dont le seul protagoniste était le Judicat d’Arborea, se situe en revanche entre la première moitié du XIIIe siècle (1250 après J.-C.) et 1420 après J.-C.

Le Judicat sarde

Lorsque Boniface VIII accorda en 1297 au Roi d'Aragon le Royaume de Sardaigne et de Corse, il avait ignoré les autres seigneurs qui étaient déjà intronisés : le Judicat d'Arborée qui avait survécu aux trois autres, la Commune de Sassari, les dominations génoises des Doria au nord et les dominations pisanes à Cagliari, à Villa di Chiesa et en Gallura.

C'est pourquoi, les Aragonais considéraient les Juges d'Arborea comme leurs vassaux tandis que ces derniers estimaient être les souverains légitimes de l'île. Cette différence de vision (paritaire pour les Sardes, subordonnée pour les Aragonais), est conditionnée par les cultures institutionnelles différentes des deux maisons et par le caractère indépendant des Sardes. Le Roi d'Aragon, c'est-à-dire le Comte de Catalogne, attribua de nombreux titres et terres à la famille du Juge, en allant jusqu'à nommer Ugone II, le grand-père de la future Juge Éléonore, Vicomte de Bas en l'élevant au sommet de la hiérarchie nobiliaire du royaume catalan, pour marquer la vassalité du Juge et pour s'en assurer la loyauté au cours de la lutte de conquête de « son royaume sarde » contre les Républiques Maritimes ; par contre, Ugone II accepta l'intrigue ibérique pour exploiter la puissance militaire des Aragonais à son avantage, dans le but de libérer « son île » des envahisseurs ligures et toscans.

Sous le règne d'Ugone II, le Roi d'Aragon accorda au fils de ce dernier, Mariano, le titre de Comte du Goceano (centre-nord/Tirso ; Bono, Benetutti, Bultei, Nule, Burgos, Bottidda, Illorai, etc.) et de la Marmilla (centre-sud/giare) ; il en fit ainsi son vassal pour les territoires insulaires du Royaume sarde–corse qui ne faisait pas formellement partie du Judicat ; Mariano se distingua immédiatement par une vision illuminée et clairvoyante de l'organisation agraire, politique et militaire de ses terres. Il fut appelé à gouverner le Judicat à la mort de son frère aîné Pietro III qui n'avait pas de descendants, et il s'activa immédiatement pour endiguer les visées catalanes sur la Sardaigne.

Après avoir chassé les Républiques Maritimes de sa terre sarde, il fut confronté a de sérieux problèmes avec les Aragonais ; malgré les parentés, Mariano IV inversa donc la politique paternelle d'alliance avec la cour d'Espagne et l'opposition fut inévitable, sanguinaire et très longue : elle dura plus de 90 ans Mariano guida avec son fils Ugone, de nombreuses opérations militaires maritimes et terrestres, en circonscrivant la présence aragonaise à Cagliari et à Alghero et en étendant sa domination sur pratiquement tout le reste de l'île ; grâce au commerce sagace et cynique du blé provenant de son royaume dans toute la Méditerranée, il accumula d'énormes richesses avec lesquelles il finança ses guerres sans difficulté.

Il promulgua le Code Rural et entretint une correspondance avec de grands personnages de son temps sur tous les rivages de la mer qui entourait son île.

Au cours de la deuxième moitié du XIe siècle après J.-C., son fils aîné Ugone III , frère aîné d'Éléonore, dont la mère était une noble catalane, Timbora di Roccabertì, lui succéda ; Ugone III épousa une aristocrate de Viterbo dont il eut une fille et il poursuivit les politiques indépendantistes paternelles également sur le plan juridique et militaire ; toutefois, il ne parvint pas à établir un bon rapport avec l'aristocratie sarde qui provoqua une révolte au cours de laquelle il fut assassiné avec sa fille, futur Juge.

Il n'est pas exclu que cet assassinat ait été commandité par sa sœur, profitant des circonstances du moment.« Éloignée »de Sardaigne par son frère qui la soupçonnait d' « intelligence » avec les Aragonais en raison d'ambitions dynastiques mal dissimulées, elle trama peut-être avec son mari, Brancaleone Doria, génois, qui reconnut ses deux enfants, bien qu'il soit impossible de lui attribuer la paternité du second. Malgré sa qualité de vassal du Comte de Catalogne, il avait épousé le futur Juge en suivant les conseils de Mariano IV, anti-aragonais, car les Doria avaient de vastes propriétés dans le nord de l'île. Ugone III les lui confisqua, mais l'ascension d'Éléonore aurait rétabli de facto la domination des Doria sur leurs propriétés sardes.

En 1383 en Sardaigne, suite à la révolte, on proclama une République qui confirma néanmoins les systèmes normatifs introduits par Mariano IV et par Ugone III.

Éléonore

Éléonore demanda au Roi d'Aragon – qui avait été nommé à la tête du Royaume - de reconnaître son fils pour sa succession sur le trône du Judicat ; la Catalogne était gouvernée par l'Aragonais Pierre le Cérémonieux qui refusa, craignant la puissante famille liée au double fil avec Gênes qui aurait d'un seul coup dominé plus des deux tiers de l'île ; en outre, il retint en otage Brancaleone qui s'était rendu à la cour pour recevoir des terres et des armoiries nobiliaires et pour traiter l'envoi d'une flotte afin de soutenir le rétablissement de la monarchie dans le Judicat de son épouse. Éléonore rejoignit malgré tout Oristano, elle régla ses comptes avec la fronde aristocratique et se proclama régente pour le compte de son fils aîné Frédéric ; elle signa toutefois ses actes de gouvernement en tant que Juge, parce que la loi salique n'était pas en vigueur en Sardaigne.

Éléonore était le deuxième enfant de Mariano IV, et le doge de Gênes lui devait une grosse somme d'argent ; la fille de ce dernier était promise à son fils Frédéric. Cet accord unissait les intérêts géopolitiques et économiques du Judicat sarde et ceux de la République Maritime. Éléonore était donc déjà mêlée aux dynamiques politiques méditerranéennes et européennes et elle était l'alliée de la puissance ligure grâce à des liens économiques et matrimoniaux.

Éléonore a été une véritable Reine. Elle légitima son règne par consentement, comme le voulait la tradition sarde, elle gouverna avec détermination, sagesse et mesure et elle sut combattre l'ambition aragonaise avec une efficacité, une patience, une force et un cynisme habiles, et elle étendit son Judicat a pratiquement l'ensemble de l'île Elle signa une paix avec les Aragonais, en leur cédant de vastes territoires pour obtenir la reconnaissance de sa légitimité et la libération de son mari ; toutefois, elle ne respecta pas les accords et elle envoya une armée qui, guidée par Brancaleone, reconquit une grande partie de ce qu'elle avait cédé. Elle cultiva le germe de la culture indépendantiste sarde plantée par Barisone Ier en prenant le relais de son père et de son frère qui l'avaient à leur tour idéalement héritée de ce premier Roi de Sardaigne investi en 1164 après J.-C. par Frédéric Barberousse - et non par le Pape - qui avait enfin essayé d'unifier les Judicats ; ceux-ci, à l'exception du Judicat d'Arborea, finirent sous l'influence pisane, génoise et catalane.

La Carta de Logu

En 1215, le Roi d'Angleterre, Jean sans Terre, avait été contraint d'accorder la Magna Charta Libertatum; considérée comme l'embryon de la reconnaissance des droits universels de l'homme, cette charte est toutefois une sorte de « contrat » entre le monarque et ses Barons ; en revanche, la Carta de Logu, voulue par Éléonore au bout de presque deux siècles, avait une « empreinte » constitutionnelle et c'est l'un des tout premiers documents de ce type.

Deux ans après la naissance d'Éléonore, 41 ans avant sa régence, 5 ans avant la montée au trône du Judicat de son père Mariano IV, 50 ans avant la promulgation de la Carta de Logu et un siècle et demi environ après la Magna Charta, en 1342, une autre femme aristocratique énergique – la Comtesse Marguerite de Carinthie (1318-1369) – promulgua dans le Haut-Adige un statut qui prévoyait des formes de représentativité politique, qui créait une structure administrative et juridictionnelle autonome et publique, qui définissait les libertés individuelles en les développant, qui régulait la propriété en la reconnaissant également aux paysans, qui intervenait dans l'organisation de l'activité minière, de la justice, du commerce.

Eleonora promulgua sa Carta de Logu en 1392, alors que son deuxième fils Mariano V Doria était sur le point de monter sur le trône du Judicat, en succédant à son frère Frédéric (tout comme Barberousse) qui était mort avant de s'émanciper.

La Charte réunissait et actualisait les règlements et le code rural du père et du frère d'Éléonore, il les complétait avec des systèmes juridiques de matrice byzantine, il assimilait des aspects de la civilisation juridique communale sarde (comme le Breve di Villa di Chiesa et les Statuts de Sassari) et de l'Italie centrale ; il contenait des éléments de la pensée juridique catalane et canonique et il greffait le tout sur les coutumes locales ; il donna une impulsion moderne surprenante à la fin du Moyen-Âge en introduisant de facto la certitude du droit, le caractère public des lois et la propriété privée. Il définissait le droit pénal, civil, rural procédural, il sanctionnait deux degrés d'appel et de garanties procédurales, il protégeait les femmes, il affrontait l'usure, il anticipait la nature moderne de l'État, du Gouvernement et de la Justice, il régulait le droit de la famille et les successions, il était le précurseur du principe de l’erga omnes, il affrontait le thème des incendies avec une similitude impressionnante avec les normes actuelles.

Éléonore gouverna avec réalisme en qualité de Juge et régente entre 1383 et 1392 après J.-C., mais en réalité elle conserva le pouvoir jusqu'à sa mort en 1404 après J.-C.

Le Judicat d'Arborea succomba définitivement 11 ans après la bataille de Sanluri en 1409, quand le dernier Juge d'Arborea le céda aux Aragonais pour 100 000 florins d'or, mettant fin à une époque d'une splendeur culturelle, juridique, économique et politique extraordinaire dont le legs est inépuisable.

La Carta de Logu, assimilée, confirmée et appliquée à toute l'île par les Aragonais après la fin du Judicat, au début du XVe siècle après J.-C., resta en vigueur en Sardaigne jusqu'en 1827– plus de 4 siècles plus tard - lorsqu'elle fut remplacée par le Code de Charles–Félix, sept ans après l'Editto delle Chiudende qui en avait bouleversé les fondements ruraux. La Carta de Logu a marqué de nombreux aspects de la culture sarde lorsque celle-ci régulait les Communautés et elle constitue le raccord avec toutes les époques et les civilisations qui avaient précédé les Judicats.

Exploitation

Sous les byzantins, la Sardaigne a recommencé à exporter les métaux, en particulier l'argent, sous la menace constante des pirates sarrasins et des difficultés représentées par le déclin de l'Empire d'Orient. Après la naissance des Judicats, qui avaient suivi l'implosion de l'empire de Byzance, les Pisans – qui régnaient sur une bonne partie de la Sardaigne en vertu du traité signé avec Gênes promu par Benoît XIII - donnèrent une nouvelle impulsion à l'activité minière, en particulier avec Ugolino della Gherardesca, comte de Donoratico, qui dominait le sud de l'île. L'abandon de la Sardaigne de la part des Pisans après les défaites qui leur avaient été infligées par l'alliance entre le Judicat d'Arborea et le Royaume d'Aragon détermina l'interruption de l'afflux des cargaisons d'argent vers la République Maritime, contribuant ainsi en grande partie à son déclin. L'activité minière diminuera considérablement sous la domination espagnole, malgré les efforts fournis.

Le déclin espagnol

Le Royaume de Sardaigne et de Corse, voulu par le Pape Boniface VIII pour les Aragonais, mais qui n'avait en réalité jamais été formé, prit donc fin plus d'un siècle après son institution, avec la chute du dernier Judicat. Tandis que l'Europe sortait petit à petit du Moyen Âge, les règlements aragonais et leur politique oppressive et vexatoire replongèrent la Sardaigne dans le passé après l'élan de modernité et de splendeur qui l'avait caractérisée. Le Roi d'Aragon essaya à tout prix de soumettre les Sardes et les Corses, mais le conflit, constamment latent, éclata presque immédiatement en Sardaigne, en 1470 après J.-C., avec Léonard de Alagon, feudataire qui venait de succéder à son oncle invincible le Marquis d'Oristano Salvatore Cubello sur le trône de l’Arborea et du Goceano, auquel aspirait directement la Couronne. Leonardo défia le vice-roi catalan en Uras et lui infligea une défaite ; 8 ans plus tard, au cours de la bataille de Macomer, les troupes aragonaises écrasèrent l'armée de Léonard ; ils le destituèrent et l'emprisonnèrent en Espagne où il mourut quelques années plus tard. La domination espagnole a toujours été contrastée et stérile pour l'île dans son ensemble, même après le mariage de Ferdinand d'Aragon avec Isabelle de Castille qui avait unifié les royaumes ibériques.

La Maison de Savoie

Le Royaume de Sardaigne passa à la Maison de Savoie avec le traité de Londres de 1718, après les guerres de succession espagnoles qui avaient marqué le début du siècle, et un interrègne de trois ans de la maison des Habsbourg. Le roi Amédée II de Savoie mit en œuvre une répression féroce et occupa l'île avec son armée. De même, son successeur, Charles-Emmanuel III, qui racheta les Tabarchini (des pêcheurs et des commerçants de Pegli (Gênes) qui s'étaient établis en 1540 sur une petite île à proximité de la côte nord-africaine et qui étaient en conflit avec le Bey de Tunis) en leur attribuant l'Île de San Pietro, n'introduisit aucun changement substantiel dans l'organisation féodale de la Sardaigne ; il ne promut aucune amélioration des conditions de vie des populations, mais, comme ses successeurs, il augmenta la pression fiscale et l'exploitation des ressources sardes.

La Maddalena, habitée depuis la Préhistoire, connue des Grecs, croisement des trafics maritimes à l'époque romaine, théâtre d'affrontements entree les Sarrasins et les Républiques Maritimes et siège d'abbayes bénédictines, n'avait pas été intégrée au traité de Londres en dépit de son importance stratégique ; elle resta donc une terre abandonnée pendant environ 50 ans. Elle était habitée par une colonie de bergers corses depuis le début du XVIIe siècle. La Maison de Savoie s'en empara en 1767, et entreprit des négociations avec les habitants ; cela explique la loyauté que démontra la communauté de la Maddalena au Roi de Savoie au cours de la guerre contre la France révolutionnaire. La fin du siècle, Andrea de Geneys fonda à La Maddalena la Marine de guerre de la Maison de Savoie, la Marine Sarde, qui donnera naissance à la Marine Militaire Italienne ; l’Île deviendra progressivement une importante base navale, d'abord au service de la Maison de Savoie–Piémont puis de l'Italie.


Giuseppe Garibaldi séjourna à plusieurs reprises, se retira et mourut à Caprera, la deuxième île de l'archipel de La Maddalena.

Dès la deuxième moitié du siècle, les Sardes commencèrent à se révolter de plus en plus souvent et de façon de plus en plus efficace contre le dominateur de la Maison de Savoie, encouragés par un appui politique et intellectuel croissant surtout après la Révolution Française en 1789 après J.-C.

En 1793, tandis que La Maddalena résistait à la pression des Français, ceux-ci occupèrent Sant’Antioco et Carloforte en y instaurant des systèmes d'inspiration républicaine et basés sur la philosophie des Lumières ; ils attaquèrent Cagliari, mais ils furent battus et repoussés par la résistance des Sardes trompés par une habile propagande du clergé et des aristocrates fidèles à la couronne.

Après ces événements, l'aristocratie sarde invoqua l'autonomie et la représentativité dans le cadre du royaume piémontais, mais elle fut séduite puis déçue.

En 1794, les villes et les campagnes se révoltèrent, des généraux piémontais furent tués, des fonctionnaires furent emprisonnés et chassés du royaume avec le vice-roi. Sassari et les fiefs de Luogosanto demandèrent néanmoins de s'émanciper de Cagliari et de dépendre directement de Turin. La révolte s'étendit progressivement dans un esprit antiféodal. La situation fut turbulente et belligérante jusqu'à Noël de l'année 1795, quand les rebelles prirent Sassari.

Giovanni Maria Angioy

Envoyé par le vice-roi avec les pleins pouvoirs pour réprimer la révolte, mais sensible à la culture de la philosophie des Lumières, il reconnut l'union émergente entre les classes sociales qui avaient été jusqu'à présent exclues du pouvoir politique, il tint compte du mécontentement, il fut accueilli comme un libérateur et soutenu par tous.

Même Sassari l'accueillit comme un libérateur ; il n'eut donc pas besoin d'utiliser la force militaire imposante qu'il avait formée sur la route en provenance de Cagliari pour soumettre les rebelles.

Après la pacification de l'île, il tenta d'émanciper les fiefs et de racheter les populations sardes, en s'opposant, même militairement, à la Maison de Savoie, qui prit néanmoins le dessus. Il fut progressivement abandonné par ses compagnons et par les aristocrates qui l'avaient soutenu. Ces pouvoirs furent révoqués et on le braqua.

Il parvint à s'enfuir en France où il continua de cultiver l'idée de faire de la Sardaigne une terre plus libre et pour laquelle il se battit jusqu'à convaincre Napoléon - alors Premier Consul - d'organiser une expédition qui ne partira jamais, éclipsée par une insurrection en Corse.

Il mourut en France ; et avec lui, le peuple sarde perdit une autre occasion cruciale.

Le Roi en Sardaigne

Le Roi de la Maison de Savoie repartit pour la Sardaigne après l'occupation française du piémont en 1799 ; il y resta jusqu'en 1814 qui fut l'année de la chute définitive de Napoléon.

L’Editto delle Chiudende

De retour sur ses terres après son exil sarde du début du XIXe siècle, le Roi piémontais Victor-Emmanuel Ier donna le coup de grâce à l'économie sarde avec l’Editto delle Chiudende de 1820. Avec cette mesure, il autorisait en effet quiconque à clôturer et à s'approprier de terrains qui étaient traditionnellement une ressource collective. Cet édit favorisa les riches, comme les latifundistes et les Piémontais, en bouleversant un des pivots de la culture rurale et juridique sarde qui avait même survécu aux Aragonais.

Un appétit famélique

Face aux nombreuses tentatives d'insurrection réprimées dans le sang et aux poussées indépendantistes et autonomistes qui se succédèrent pendant tout le XIXe siècle, les Piémontais ont toujours opposé un intérêt famélique pour les ressources de l'île, dont le déboisement intensif est aujourd'hui encore un témoignage douloureux.

Avec le passage du royaume de Sardaigne à la Maison de Savoie, l'activité minière retrouva sa vigueur, mais la monarchie la confia au début essentiellement à des étrangers (des Anglais, des Allemands et des Suédois). Vers la moitié du XIXe siècle, les anciennes concessions étaient désormais échues et l'on introduisit une nouvelle législation en la matière ; les nombreuses sociétés avec des capitaux sardes, ligures et piémontais qui avaient investi sur l'île ne firent pas toute fortune. Grâce, entre autres, à une analyse menée par Quintino Sella (1868-71) – qui était ingénieur des mines – les mines sardes, dont la production augmentait depuis déjà une trentaine d'années, devinrent un thème central du gouvernement de la Maison de Savoie, au cours de l'unité italienne ; des « intelligences » avec des capitaux étrangers alimentèrent toutefois au cours de cette période de nouveaux appétits pour les richesses de l'île. Ce fut le début d'une période de grande production, avec l'extension des zones d'extraction et de nouveaux flux migratoires provenant de différentes régions du tout nouveau Royaume d'Italie qui n'allaient pas de pair avec la reconnaissance du droit des mineurs de bénéficier de conditions de vie et de travail correctes ni avec leur émancipation des sociétés concessionnaires.

L'union « imparfaite »

En 1847, le Statut Albertin entra en vigueur en Sardaigne suite à la soi-disant « union (ou fusion) parfaite » entre le Royaume piémontais et l'île, remplaçant le Code de Charles–Félix qui était resté en vigueur pendant une vingtaine d'années après l'abrogation de la Carta de Logu. 

C'est ainsi qu'on effaça les valeurs historiques de la Sardaigne. On ne relèvera plus aucune discontinuité au niveau des rapports entre le Royaume piémontais, puis le royaume d'Italie et de Sardaigne.

La première grève générale d'Italie

Au début du XXe siècle, le mouvement syndical était déchiré par de profondes divisions qui avaient clairement émergé en avril 1904, au Congrès des Socialistes. On enregistra cette année-là de nombreuses grèves en Sardaigne ; les mineurs de Monteponi, Montevecchio, Lula, San Benedetto, San Giovanni Ingrostu, les tailleurs de pierre de Villasimius et de La Maddalena, les tanneurs de Sassari et de Bosa s'étaient mis en grève en avançant leurs revendications. Le 3 septembre, les mineurs de Buggerru désertèrent les puits, provoquant également l'interruption du travail dans les installations de surface. La société française concessionnaire fit la sourde oreille et demanda de l'aide au gouvernement italien qui envoya deux compagnies de soldats. Des désordres s'en suivirent et les soldats du Roi d'Italie tirèrent sur la foule désarmée pour défendre les intérêts du concessionnaire français. Le bilan fut de 3 morts et de nombreux blessés dont un mourut un mois plus tard. Malgré le sang versé, le travail reprit ob torto collo avec bien peu d'avantages pour les mineurs. Néanmoins, la réaction nationale ne se fit pas attendre ; pour la première fois dans de nombreuses régions, même en Suisse, le mouvement ouvrier demanda avec énergie d'organiser une grève générale. La Chambre du Travail de Milan en fit la proposition et, au cours d'un mémorable comité bondé de monde organisé dans la cour des écoles de Porta Romana, la foule acclama la proclamation de la grève nationale . On compta d'autres protestations et désordres dans de nombreuses villes d'Italie, avec des morts et des blessés. La tension monta et les Socialistes surmontèrent leurs craintes, les divisions et les retards en proclamant la première grève générale de l'histoire d'Italie. Pendant 5 jours, toute l'Italie fut traversée par un mouvement de protestation indignée des travailleurs et des paysans pour le massacre ignoble des mineurs sardes.

L' « Âge des Extrêmes » sarde

La première moitié du XXe siècle fut marquée par une lourde dépression économique, par le dépeuplement, par la naissance d'un nouveau banditisme particulier, un phénomène de réaction contre la condition à laquelle un état étranger, oppresseur, distant, myope et sourd avait condamné les communautés, et contre l'énorme perte de vies au cours des deux conflits mondiaux.

Mais le XXe siècle fut jalonné de périodes au cours desquelles l'élan sarde pour l'autodétermination finissait par reprendre le dessus, dans la production littéraire et culturelle et dans les nouvelles agitations politiques qui donneront naissance au Parti Sarde d'Action entre les deux guerres, et au Statut de l'Autonomie parallèle à la Constituante républicaine. Ce siècle donna naissance à de très éminentes personnalités de la politique et de la culture, des Sardes d'une culture nationale et internationale.

Au cours des 20 années du fascisme, une nouvelle saison agricole, de bonification et d'exploitation minière dans le Sulcis – celle du charbon -, avec la naissance de Carbonia et son caractère architectural rationaliste et social original, donna un nouvel élan à l'économie en induisant de nouvelles immigrations.

Tout au long de ce siècle, une conscience politique et syndicale non marginale ni stérile du point de vue culturel exprimée par des personnalités importantes prendra forme sur l'île.

L'agriculture et l'élevage des moutons connaîtront une nouvelle dignité.

Après la Deuxième Guerre mondiale, on vainquit la malaria, mais on assista à la naissance des servitudes militaires et des industrialisations dont on récolte aujourd'hui encore les fruits controversés et la constitution d'un nouveau banditisme ; l'extraction des métaux et du charbon diminuera progressivement en raison de l'épuisement des gisements et / ou de son faible rendement ; toutefois, il existe encore en Sardaigne d'importants gisements d'or. En revanche, le tourisme s'affirme comme une source de richesse et de travail, mais avec les pièges de la construction sauvage qui l'accompagnent. La culture autonomiste et indépendantiste retrouvera une nouvelle vigueur sous d'autres formes, souvent d'avant-garde.

Indépendance et autonomie

De l'époque nuragique au Statut de l'Autonomie (en 1948) l'indépendance des peuples sardes a été très discontinue pendant environ 1400 ans ; en revanche, ils ont été soumis à la domination des puissances émergentes à différentes époques pendant 2150 ans. Aujourd'hui, la Sardaigne est intégrée à l'État italien, mais elle jouit d'un régime d'autonomie spécial.


Dans l'Europe du XXIe siècle et dans l'effervescence de la Méditerranée du début du troisième millénaire, dans un amphithéâtre désormais globalisé, confrontée à une mutation profonde de l'économie, à de nouveaux défis d'intégration socioculturelle et à un nouvel élan autonomiste, l'aventure sarde continue, comme toujours, sur le devant de la scène.


Nous remercions en particulier Marta, Chiara et Carlo qui ont eu la patience et la générosité de revoir ce travail.